Recherche
C’est chose courante que d’évaluer les croyances d’autrui, en dénonçant certaines comme irrationnelles ou injustifiées, et en louant d’autres comme justifiées. Nous voyons quelque chose de fautif dans une croyance formée par pensée magique, et jugeons appropriée une croyance à laquelle on est parvenu à la suite d’un examen méticuleux des données probantes. Bien que les croyances que nous jugeons justifiées ne soient pas toujours vraies, il semble néanmoins y avoir un lien étroit entre, d’un côté, la justification, et de l’autre, la vérité. Il est en outre plausible qu’une raison importante pour laquelle il importe d’avoir des croyances justifiées est qu’il importe de croire le vrai.
Ces considérations soulèvent une série de questions. En quel sens la vérité compte-t-elle ? Et comment la manière dont la vérité compte contraint-elle les normes que nous devrions suivre lorsque nous formons et révisons nos croyances ? Ce sont là les questions centrales qui structurent mon programme de recherche. Dans mes travaux actuels, je développe une conception de la normativité épistémique qui s’articule autour de deux éléments clés : (i) d’une part, une conception plausible de la valeur de la vérité, capable de rendre compte de l’autorité des normes épistémiques tout en faisant justice au riche enchevêtrement de normes sociales, morales, pratiques, et autres, dans lequel les agents sont situés ; (ii) d’autre part, une conception des normes épistémiques informée par cette conception de la valeur de la vérité et compatible avec elle.
Il peut être tentant de traiter séparément ces deux ensembles de questions — pourquoi la vérité compte-t-elle, d’un côté, et quelles sont les normes épistémiques auxquelles nous devrions nous conformer, de l’autre — en présupposant tacitement que la manière dont on répond à l’une n’a pas d’incidence sur la manière dont on répond à l’autre. Ma recherche remet en question cette présupposition. Je montre que, pour de nombreux débats centraux en épistémologie, la manière dont on comprend la valeur de la vérité impose des contraintes substantielles sur ce que l’on peut tenir pour des normes épistémiques, et réciproquement.
Projets sélectionnés
What's truth got to do with it?
Résumé
Je développe une conception de la normativité épistémique qui rend justice à l’idée selon laquelle la vérité compte, tout en évitant les difficultés auxquelles se heurtent d’autres conceptions de la normativité épistémique fondées sur la valeur de la vérité. L’idée qui sert de pierre angulaire à cette conception est que notre identité en tant qu’agents qui forment et révisent des croyances, et qui sont ainsi soumis à des normes épistémiques, est inextricablement liée au réseau plus large d’engagements normatifs — sociaux, moraux, prudentiels — qui structurent nos vies. Lorsque nous nous posons la question « Que devrais-je croire ? », nous le faisons toujours dans des circonstances où des rôles sociaux, des exigences morales, des intérêts pratiques et d’autres considérations normatives sont déjà en jeu. Je soutiens que la réponse à la question de savoir si et comment une vérité particulière compte ne peut être établie sans tenir compte de cette toile normative plus large dans laquelle chacun et chacune est situé.
Je montre comment cette conception de la valeur de la vérité permet d’expliquer une part importante de la normativité épistémique et de mener à des verdicts plausibles quant à ce que nous devrions croire dans plusieurs cas qui posent problème pour d’autres conceptions fondées sur la valeur de la vérité. Je soutiens toutefois qu’aucune conception plausible de la valeur de la vérité ne peut rendre compte de l’ensemble des phénomènes normatifs regroupés sous l’étiquette de « normativité épistémique ». Je distingue entre normes épistémiques substantielles, expliquées par la valeur de la vérité, et normes épistémiques basales, qui découlent du bon fonctionnement des mécanismes de formation et de révision des croyances, indépendamment de la valeur de la vérité.
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Epistemic normativity and the value of truth for communities
Résumé
J’examine la thèse selon laquelle ce que nous devrions croire serait expliqué par le fait que les croyances vraies sont utiles pour les communautés dont nous sommes membres. Je soutiens qu’une telle thèse est confrontée à de sérieuses difficultés, et je mets de l'avant une manière de reconnaître que la normativité épistémique comporte une importante dimension sociale qui ne rencontre pas ces difficultés. Je montre que si ce que nous devrions croire s'expliquait en termes de l’utilité de la vérité pour les communautés dont nous sommes membres, nous devrions nous attendre à ce que nos normes épistémiques soient radicalement différentes de ce qu’elles sont en réalité. En premier lieu, elles pourraient permettre d'avoir des croyances clairement injustifiées lorsqu'avoir ces croyances mènerait à un plus grand nombre de croyances utiles pour la communauté. En deuxième lieu, dans les cas où les objectifs épistémiques de la communauté seraient tout aussi bien servis par la croyance que par d'autres attitudes doxastiques telles que l'acceptation, les normes épistémiques ne prescriraient pas de croire, et ce, même dans des cas où il serait pourtant interdit de ne pas former une croyance. Enfin, une telle conception ne permet pas de rendre compte de ce que devraient croire des individus isolés.
La voie à suivre, soutiens-je, consiste d’une part à limiter la portée de la dimension de la normativité épistémique fondée dans des faits relatifs à nos contextes sociaux — celle-ci constitue un aspect essentiel de la normativité épistémique, mais n’en constitue pas la totalité. D’autre part, il est plus plausible que les dimensions sociales de la normativité épistémique soient ancrées dans la valeur non instrumentale que la vérité possède pour les agents en vertu des rôles sociaux qu’ils occupent.
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The true, the good and the justified: on epistemic consequentialism and value
Résumé
Selon la conception téléologique de la justification, celle-ci doit être comprise en termes de ce qui est susceptible de conduire à des croyances vraies (en anglais : « in terms of truth-conduciveness »). Cette conception de la justification occupe une place centrale en épistémologie. Cependant, elle a, au cours des dernières années, fait l’objet de critiques vigoureuses, selon lesquelles, en raison de ses similarités avec le conséquentialisme en éthique, elle ferait face à des problèmes parallèles à ceux de ce dernier.
Je soutiens que ces objections échouent de manière instructive. Elles reposent sur l’idée que l’analogie avec le conséquentialisme en éthique révélerait des traits essentiels de la conception téléologique de la justification épistémique, alors qu’elle ne met en évidence que des similarités superficielles ; cela revient à surimposer à la conception téléologique de la justification un cadre théorique qui lui est étranger. Je soutiens que le téléologiste ne devrait pas laisser son adversaire fixer les termes du débat. Il devrait plutôt rejeter l’idée selon laquelle il existerait des similarités structurelles profondes entre la compréhension de la justification en termes de susceptibilité à conduire à la vérité et la compréhension de l’action juste en termes de promotion du bien. Une fois cette idée écartée, nous disposons d’une conception téléologique de la justification épistémique qui est à l’abri de ces objections. Pour la conception téléologique de la justification, la justification est un guide vers la vérité, mais non un guide vers le bien.
[en cours d’évaluation] [ébauche disponible sur demande]
Art et didactisme
Résumé
Je formule et propose une solution à un puzzle portant sur deux aspects de notre pratique d'évaluation artistique qui semblent en tension : d’une part, nous louons les œuvres d’art pour leur capacité à nous aider à comprendre tout autant le monde que nous-mêmes ; d’autre part, nous considérons souvent le caractère didactique d’une œuvre comme un défaut artistique. Or, si le mérite artistique d’une œuvre est accru par sa capacité à transmettre des valeurs cognitives, et si le didactisme constitue un moyen efficace d’y parvenir, le fait d’être didactique ne devrait pas constituer un défaut artistique.
Je soutiens que, malgré l’apparente tension entre l’idée que la transmission de valeurs cognitives constitue un mérite artistique et celle que le didactisme constitue en revanche un défaut, l’on peut accepter ces deux thèses. Le problème des œuvres didactiques provient du fait qu'elles excluent d’emblée que les connaissances et la compréhension qu’elles transmettent puissent constituer un accomplissement collectif ; par contraste, les œuvres qui nous éclairent tout en n'étant pas didactiques rendent possible cet accomplissement collectif. Dans la mesure où les œuvres didactiques empêchent un tel accomplissement, elles sont artistiquement défectueuses. Je montre que cette conception est supérieure aux autres solutions possibles.
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